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La Dame Bleue du désert d'Agafay

La mystérieuse Dame Bleue du Désert d’Agafay


La Dame Bleue m’est apparue d’une étrange façon. Nous étions avec mon ami Fernand en pleine conversation sur un sujet certainement crucial pour l’évolution du monde. J’en ai oublié l’objet. Lorsque une femme y fit brusquement intrusion en me disant à brûle-pourpoint

« - Vous devriez écrire l’histoire de la Dame Bleue. »

Trop absorbé par les propos de mon interlocuteur, je ne réagis pas à l’ intervention de l’intruse que par un « - pourquoi pas » peu engageant.

C’est une de mes faiblesses, j’ai horreur des gens qui coupent les conversations. J’estime que c’est la marque d’un profond irrespect, et j’ai tendance à snober ce genre de personnage.

Quelques instants plus tard, ma curiosité réveillée, je relativise l’indélicatesse de cette personne. J’échafaude que, peut être, elle était dans l’urgence, et qu’il aurait été bon que je sache pourquoi je devais raconter je ne sais quoi sur une certaine Dame bleue.

Quelle originalité pouvait être la vie de cette personne pour qu’elle représente un sujet d’intérêt particulier ?

Si sa méthode pour me parler frisait l’impolitesse, de mon côté je n’avais pas été très réceptif à son désir de communiquer. La brusquerie de l’intrusion relevait peut être de la nécessité de l’instant.

« - Tu connais cette personne qui m’a parlé il y a quelque instant, demandais-je brutalement, et de façon toute aussi inconvenante, en coupant la parole à mon ami.

- Non ! De quelle personne parles-tu ? Je n’ai vu personne.

- Comment ça tu n’as vu personne ! Il y a eu cette dame qui m’a interrompu pour me dire d’écrire sur une dame en bleue.

- Ah bon ! Mais depuis que nous bavardons, il n'est intervenu personne.

- Tu es certain ?

- Oui ! J’en suis certain

- Alors je deviens fou

- Non , tranquillise-toi, il y a longtemps que tu l’es. D’ailleurs à propos de la folie j’ai lu un bouquin fabuleux de ….

La conversation reprit comme si l’incident n’avait pas eu lieu, et je l’oubliais. Mais pas pour longtemps.

En pleine nuit, non pas en pleine nuit, à minuit exactement, je me réveillais en sursaut en pensant à la troublante intervention de cette femme. Non ! Je n’étais pas fou, je me souvenais très bien de sa voix douce mais fatiguée et de cette seule phrase « Vous devriez écrire l’histoire de la Dame Bleue.».

Mais pourquoi donc Fernand prétendait-il ne pas l’avoir vu ? Il n’y avait aucune raison à cela. Et il n’y avait aucune raison que je doute de Fernand. Pas du genre à faire une mauvaise blague Fernand. Un monsieur sérieux, sans doute trop sérieux pour être réceptif aux événements mystérieux qui émergent le long de nos quotidiens, aux signes, aux augures que les anciens savaient interpréter, à l’irrationnel que l’on rejette par manque de patience à chercher à le comprendre, ou de compétence en la matière, ou parce que l’irrationnel trouble nos certitudes et ça on n’aime pas.

Quoi qu’il en soit, je suis encore certain de ne pas avoir rêvé l’intervention de cette intruse.

Je n’ai jamais revu cette personne que d’ailleurs je serais incapable de reconnaître, tant son incursion dans notre conversation a été fugace et surtout par le manque d’attention que je lui ai prêtée. Je ne suis même pas certain de l’avoir regardée.


Le reste de la nuit, je pestais contre mon stupide comportement. C’était la preuve flagrante que je manquais d’ouverture d’esprit, que je n’étais pas assez réceptif envers ceux qui avaient envie de communiquer. Combien de fois étais-je passé à côté d’échanges fructueux avec des gens qui avaient des choses à m’apprendre et que je n’ai pas voulu entendre ?

Une fois la phase d’autoflagellation reconnu sans intérêt, je décidais de passer à une phase active plus positive, et de partir à la recherche de cette femme en bleue.

Autour de moi personne n’avait entendu parler d’un quelconque événement impliquant une femme en bleue dans la région. Une dame en bleue, c’est une description un peu trop vague pour susciter un souvenir particulier me disait-on, les femmes en bleue ne manquent pas.

Les aides infirmières sont en bleues.par exemple

« - Vous ne trouverez pas ce que vous cherchez Sidi. C’est trop tard. Les savoirs, les connaissances des légendes se sont perdus avec la fin de la retransmission orale.

- Vous savez qui je cherche ?

- Oui

- Vous connaissez cette Dame en Bleue?

- Oui, jeune, j’ai entendu conter son histoire, parmi beaucoup d’autres. A l’époque, lorsqu’un conteur était de passage, tout le village se réunissait pour l’écouter. C’était un autre monde. Il n’existe plus, Sidi. C’était à une époque où les gens se parlaient. Un temps où nous savions écouter. Le rôle du conteur était fondamental. Vous n’êtes pas sans savoir que la transmission de notre culture se faisait en premier lieu par voie orale. Il y a bien longtemps qu’un conteur ne soit venu nous rafraîchir la mémoire. Car voyez-vous la transmission orale demande d’être entretenue régulièrement pour qu’elles imprègnent durablement les esprits et les mémoires.

- Il n’y a plus de conteurs ?

- Il en reste quelques-uns, mais les jeunes ne vont pas renoncer à leur programme de télévision ou leur smartphone pour les écouter. Les savoirs des anciens ne les intéressent plus. Les conteurs n’ont plus que peu de public.

- Et cette Dame bleue, qui était-elle ? coupais-je impatient.